Questions
Quelques question souvent posées à propos de la campagne "Canada hors d'Haïti"
Alors, vous êtes des partisans d'Aristide, c'est ça ?
En haïti, montrer les cinq doigts de la main est un geste de défi envers le coup d'état; cela symbolise le mandat de cinq ans d'Aristide (et du gouvernement majoritairement Lavalas), qui a été interrompu par un renversement violent aux mains des Etats-Unis et du Canada. Faire ce geste représente un risque considérable en Haïti. Quelques minutes après la prise de cette photo, la police a tiré sur la manifestation, tuant deux manifestants non armés. Autres photos
Cette campagne, et beaucoup d'autres initiatives de solidarité Canada-Haïti qui récoltent un soutien de plus en plus large au travers du Canada ne sont pas concernées par le soutien à un parti politique. Il s'agit plutôt de mettre fin à la situation qui fait que depuis 200 ans, les pays riches pillent les richesse d'Haïti, exploitent son peuple et tentent de supprimer de la tendance irrésistible d'Haïti vers la démocratie et la souveraineté.
Le peuple haïtien a largement choisi Aristide comme Président et des membres de Fanmi Lavalas comme leurs représentants élus au Parlement, au Sénat et en tant qu'innombrables autres officiels élus. Quoi que nous pensions d'Aristide, le Canada n'a tout simplement pas le droit de renverser ce choix. Seuls les haïtiens l'ont.
Le colonialisme est une habitude difficile à perdre, mais difficile ou pas, la laisser perdurer est injustifiable.
Aristide n'était-il pas un horrible dictateur ?
Les critiques d'Aristide sont nombreuses. Certaines justifiées, d'autres assez ridicules, mais toutes sont hors-sujet. Il est suffisant de dire que sous Aristide, malgré les contraintes très serrées du FMI et les efforts de déstabilisation de son gouvernement subventionnés par le Canada et les USA, les choses n'allaient pas aussi mal qu'aujourd'hui. Des programmes sociaux très basiques, la plupart autour de l'éducation et de l'alphabétisation, étaient en place. Les soins de santé étaient fournis aux pauvres par 500 médecins cubains. Les partis d'opposition étaient souvent défendus contre des attaques, et dans tous les cas, n'étaient pas assassinés par des agents du gouvernement, menacés de mort, ou emprisonnés par centaines.
Pourquoi est-ce qu'Haïti est si important ?
Soyons clairs: des centaines de milliers de vies sont en jeu, et il est vraiment dans les possibilités du gouvernement canadien de changer leur destin pour le meilleur -- ou, si le statu quo continue, pour le pire.
Il y a 200 ans, la majorité de la population en esclavage d'Haïti se revolta, repoussant successivement les forces françaises, espagnoles et anglaises avant d'enfin acquérir leur indépendance en 1804. Depuis, les haïtiens ont payé le prix fort pour leur liberté. La seule république d'anciens esclaves au monde a dû faire face à deux siècles d'embargos, d'invasions, de politique de la canonnière, d'exploitation économique, à une élite opprimante et une longue suite de dictateurs soutenus par les USA.
Haïti est maintenant le pays le plus pauvre de l'hémisphère. 76% de sa population vit avec moins de 2$ par jour, et 56% vivent avec moins de 1$. Ceci, malgré que (ou parce que) Haïti était autrefois une des terres les plus productives du monde, fournissant à un moment donné la moitié du café du monde, et une large part de son sucre. Mais après avoir gagné son indépendance, Haïti fut isolé par les puissances internationales et visé par des raids des canonnières états-uniennes, françaises et allemandes. Les restes de la richesse d'Haïti n'ayant pas été détruits par des impérialistes détestant sa liberté reposent maintenant dans des coffres à Paris et New-York.
Haïti représente donc la victoire la plus extraordinaire, envers et contre tout, du combat pour la liberté et la dignité humaines, et le fond absolu de l'exploitation impérialiste, du racisme et de la cruauté.
Si nous voulons globalement mettre fin au colonialisme, la solidarité avec Haïti semble donc un bon point de départ.
N'est-ce pas erroné de se concentrer sur Aristide ? Cela ne semble pas très démocratique.
Ce n'est pas à nous de décider. Les raisons pour lesquelles Aristide est au centre du conflit en cours sont complexes, et viennent à la fois de ses opposants et de ses partisans. Mais on peut remarquer que ce n'est pas seulement Aristide qui a été écarté. C'est un gouvernement entier, composé de milliers d'officiels élus.
Mais Denis Coderre, Paul Martin et Pierre Pettigrew disent qu'ils sont concernés par Haïti. Etes-vous en train de dire qu'ils mentent ?
Oui.
Cela implique beaucoup de choses. Est-ce que les autres missions canadiennes de "maintien de la paix", d'"amélioration de la démocratie" et de "développement international" se nourrissent d'une manipulation de la société civile, d'un détournement de la démocratie, et d'un parrainage corporatif manifeste ? Est-ce ce qui est en train de se passer en Irak, en Afghanistan, en Ukraine et ici même sur les terres indigènes du Canada ?
Cela a, en effet, été suggéré..
Suggérez-vous alors que le Canada ne fasse rien ?
Nous suggérons que le Canada cause activement tellement de dommages en Haïti, que, avant qu'il ne puisse faire du bien, il devrait d'abord cesser d'être activement destructif.
Mais c'est une situation réellement difficile ? Ne croyez-vous pas que vous êtes un peu idéalistes ? Il semble que le Canada fait de son mieux pour stabiliser la situation.
Il "semble" cela uniquement parce que la presse canadienne refuse de rapporter de façon régulière de la violence et de la répression politique qui sont exercées avec la complicité du Canada.
Regardons cela de cette façon: si les Etats-Unis injectaient des milliards de dollars dans des groupes d'extrême droite au Canada, qui évinceraient le parti Libéral du gouvernement, en prenant le contrôle de Vancouver, Edmonton, Winnipeg, Toronto, Montréal et Halifax au moyen d'une force militaire, serait-il concevable que cela soit justifié ? Que devrait faire le parti Libéral avant qu'un tel état de faits soit justifié ? Si un millier ou plus de Conservateurs, d'activistes et de représentants du NDP et du Parti Libéral étaient assassinés, emprisonnés ou forcés de s'exiler, y'aurait-il un quelconque début de "retour à la démocratie" possible sans que soit d'abord mis fin à la répression ?
Ridicule, n'est-ce pas ?
Que devrions-nous faire ?
La Communauté Carribéenne, l'Union Africaine, et le Vénézuela continuent tous de demander le retour du gouvernement élu d'Haïti. Des dizaines de milliers d'Haïtiens continuent de risquer leur vie en appelant au retour de leur gouvernement démocratiquement élu.
Nous ne partons pas de rien. La tâche, au Canada, est simple: faire apparaitre au grand jour les agissements de notre gouvernement, et de forcer le gouvernement à changer ses politiques impérialistes, pour rejoindre les pays non-impérialistes et le peuple haïtien dans leur demande du retour à l'ordre constitutionel en Haïti.
D'autres questions ? Envoyez un courriel à info at outofhaiti.ca