Élections bidon
Les résidents du quartier défavorisé Bel-Air à Port-au-Prince courent le risquent d’être abattus par les fusils de la police (soutenue par ONU) lorsqu’ils manifestent en faveur du retour de leur gouvernement élu.
Le Canada, selon le journaliste indépendant Kevin Pina oeuvrant à Haïti, est « profondément impliqué » dans la planification des élections en Haïti, et met en oeuvre « des règles draconiennes » afin de rendre le vote obligatoire, niant aux non votants l’accès à la sécurité sociale ou les services gouvernementaux. « C’est similaire à ce qui s’est passé en 1982 au Salvador — les gens étaient terrifiés — s’ils n’avaient pas l’étampe électorale sur leur carte d’identité, ils pouvaient être emmenés par la police et tués, ce qui s’est passé au Salvador.»
« Paul Martin, George Bush, Condoleeza Rice — ils croient qu’ils peuvent entretenir cette illusion qu’il y a un processus de normalisation en cours en Haïti, mais Haïti n’est pas l’Irak. Ils pourraient aboutir avec cette proposition de permettre aux haïtiens à l’étranger de voter dans les prochaines élections, afin d’avoir des photos d’eux avec de l’encre sur leurs pouces et se dire "mon Dieu, quel succès que cette élection".»
« Que feront-ils lorsque plus de 50,000 haïtiens débarqueront dans les rues pour protester contre les élections et que la force de police formée par la G.R.C. recevra l’ordre de tirer sur eux ?»
Partout en Haïti, rappelle Pina, les gens « ne veulent pas légitimiser ce processus... ils ne veulent pas approuver le fait que leur président ait été expulsé.»
« Ils ont été mis sous tutelle par la communauté internationale en vertu de "une personne, un vote". Ils sentent qu’ils ont observé les règles du jeu, mais au bout du compte ils se sont fait leurrer à nouveau.»
Pina martèle qu’il est impossible de tenir des élections légitimes tant que des membres du parti de la majorité politique sont forcés de se terrer dans les bois, afin d’assurer leur survie. « Lavalas a clairement exprimé que les conditions afin qu’il participe n’existent pas, et je ne puis les blâmer.»
Le 7 février 2004 — trois semaines avant le coup d’État — des centaines de milliers d’haïtiens sont sortis manifester contre les tentatives de renverser leur gouvernement élu. Les rapports de la presse à ce moment ont fait état d'une bien plus petite (les estimations les plus élevées furent environ 1,000) manifestation.
Lors d’une déclaration en août 2005, les hauts responsables de Lavalas ont déclaré qu’avant que des élections soient tenues, les conditions suivantes doivent être rencontrées :
1. Le gouvernement au bras de fer du coup d’État arrête de tuer les gens
2. Tous les prisonniers politiques sont relâchés
3. Tous les officiels élus lors des élections de l’an 2000 ramenés au pouvoir afin de terminer leur mandat, comme exigé par la constitution
4. Tous ceux qui ont été forcés à l’exil rentrent au pays
« J’ai souvent eu l’impression que la page devait être tournée, qu’il y a une énorme pression pour que l’on tourne la page d’Aristide, afin qu’Haïti puisse progresser. Mais la vérité est que... comment pouvez-vous dire que les conditions pour des élections sont remplies lorsque vous avez des prisonniers politiques ?»
« Qu’ils aient raison ou non », la majorité des haïtiens lancent un appel au retour de leur président élu, lance Pina.
Pina poursuit : « Le rôle du Canada et d’autres pays en Haïti est de tenter de réduire ces voix au silence, de préparer la prochaine élection afin d’être en mesure de présenter au monde une belle image qui laisse entendre que la page a été tournée.»
Pina affirme que les prochaines élections projetteront l’illusion d’un choix, mais qu’éventuellement elles créeront de la division. « Il y aura 140 partis dans la prochaine élection — 140 partis ! — plus de 100 candidats à la présidence... À mon avis, c’est la pluralité poussée à l’extrême.»
« En surface, il semble que les haïtiens ont plus de choix, mais en réalité ils en ont moins. Pour qui votez-vous en tant que président lorsqu’il y a plus de 100 candidats pour la présidence, que chacun d’eux est issu d’un petit parti, et que chacun de ceux-ci veut détenir le pouvoir afin de servir ses propres intérêts financiers et politiques ? Ce n’est pas de la démocratie, ce n’est qu’une façade pour camoufler le coup d'État du 29 février [2004].»
Pina, toutefois, n’a pas l’optimisme que le gouvernement canadien changera de trajectoire. « On en vient à un point où on ne peut plus nier la situation, alors on a avantage à pousser pour faire accélérer les choses. Toute ce qui reste à démolir, ce sont quelques opportunistes [Lavalas] qui prendront part aux élections.»